Charles Jacob, éléments biographiques

Charles Jacob nait le 24 octobre 1897 à Sedan, dans les Ardennes, dans une famille chrétienne. Il est le troisième d'une fratrie de six garçons, dont deux deviendront prêtres. Son père, Victor Auguste, était greffier de Justice de Paix. Il a démissionné de sa charge au moment de la séparation de l'Eglise et de l'Etat en 1905, refusant ce qu'il considérait comme une compromission. Charles fera ses études générales au petit séminaire de Reims, où il obtiendra son brevet. 

Vers 1910, son père (lui-même sculpteur amateur) le place en apprentissage chez les Frères des Écoles Chrétiennes à Saint Nicolas de Vaugirard à Paris, où il s'initie à la sculpture sur meuble. En 1913, Charles entre comme élève à l'Académie de dessin, de modelage et de sculpture de Reims. Cette Académie avait été fondée dans cette ville en 1902 par le sculpteur et médailliste Auguste Coutin, qui a participé à la restauration de la cathédrale de Reims. 

En 1914, quand éclate la Première Guerre Mondiale, Charles n'a pas encore atteint l'âge du recensement (19 ans à l'époque). Les Ardennes seront envahies dès le mois d'août 1914 et le resteront -- cas unique parmi les départements français --  jusqu'à la fin de la guerre. Dans les départements envahis, soumis à un pillage systématique, la population est considérée comme un « matériel humain ». Recensée, dépouillée, contrôlée, elle devient un réservoir d'otages et de main d'œuvre où l'armée impériale allemande puise sans ménagement. La famille Jacob, comme les autres habitants de Sedan et des environs, vivra ainsi sous le joug de l'occupant allemand pendant 52 mois. Charles lui-même a notamment été contraint d'abattre et de débiter des arbres dans les bois des environs. 

N'ayant pu remplir ses obligations militaires du fait de cette occupation, il dut faire trois mois de service militaire en 1919. 

En 1920, Charles peut enfin reprendre ses études. Il est admis à l'École Nationale des Arts Décoratifs à Paris où il sera élève jusqu’en 1923. Il y obtiendra un Premier Prix et deux Seconds Prix. 

A la sortie des Arts Déco, en 1923, Charles Jacob intègre l'Arche, société d'artistes et d'architectes chrétiens, dont Henri Charlier est l'un des fondateurs, et qui compte parmi ses membres les architectes Dom Bellot et Dom Droz, moines de Solèsmes. Henri Charlier l'invite alors à travailler avec lui, d'abord comme élève, puis comme collaborateur, à Cheny près de Migennes (Yonne). C'est là que son maître s'était établi en 1919, dans la maison de ses grands-parents. 

C'est donc auprès d'Henri Charlier, ami et grand admirateur d'Auguste Rodin (mort en 1917), que Charles apprend la taille de la pierre. A l’inverse, son maître s'initie auprès de lui à la technique de la sculpture sur bois acquise chez les Frères des Écoles Chrétiennes à St Nicolas-de-Vaugirard.

Ces deux techniques ont d'ailleurs un point commun : il s'agit de tailler directement dans le matériau définitif (pierre ou bois) à partir d'un dessin de même grandeur représentant le sujet de face et de profil, contrairement à celle qui consiste à faire une première réalisation en argile et de la copier ensuite. En 1925, Henri Charlier se retire définitivement au Mesnil-St-Loup, dans l'Aube. Charles Jacob le suit. 

Le 19 août 1925, Charles se marie avec Madeleine Leclère, née le 11 mars 1904 à Paris 19e, et qui habitait alors Rosny-sous-Bois. De leur mariage naîtront huit enfants : cinq filles et trois garçons. En avril 1929, Charles ouvre son propre atelier à Neuilly-Plaisance, au 3 rue du Marché (devenue avenue Georges Clémenceau). Il y habitera jusqu'à Pâques 1938, puis de nouveau les dix dernières années de sa vie.

C'est également à la fin des années 20 que Charles s'éloigne de l'Arche et intègre un autre groupement d'artistes chrétiens, les éditions de l'Art Catholique. Fondée par Louis Rouart, cette maison a d'abord édité et vendu des livres, avant de s'ouvrir en 1923 à la sculpture contemporaine avec l'ouverture d'un magasin dédié rue de Mézières à Paris. Avec une approche quasi militante, Louis Rouart entend à travers L'Art Catholique "servir à la fois la cause de la religion  et celle de l'art" en "offrant au public des 'articles de piété' qui ne fussent pas des horreurs, mais au contraire des oeuvres du goût le plus sûr".

Charles Jacob a exposé ses oeuvres dans de nombreuses expositions artistiques : au Salon d'Automne (Grand Palais, Paris) en 1926, 1927, 1928, 1930, 1931 et 1932, au musée Galliera en 1929, au musée des Beaux-Arts de Rouen en 1932, etc

L'approche artistique de Charles Jacob et des autres artistes de l'Art Catholique (Roger de Villiers, Fernand Py...) s'apparentait ainsi à une lutte contre la production commerciale "saint-sulpicienne" qui selon eux relevait plus de la dévotion que de l'art. 

Charles Jacob créait des œuvres en taille directe en bois, dans le but soit de les vendre directement, soit de les faire reproduire en plâtre ou parfois en pierre reconstituée par les ateliers de l'Art Catholique. La réalisation d'un moule permettait alors la production d'un certain nombre de copies vendues à des prix à la portée des paroisses modestes, voire des particuliers.

En 1933, Charles Jacob devient professeur de dessin au collège de Juilly (Seine et Marne). En 1938, Charles et sa famille s'installent à Juilly, au 4 rue Saint-Louis. Ainsi il lui est plus facile d'assurer les cours de dessin au Collège Oratorien de cette localité. Cette charge professorale lui permet de s'assurer un petit revenu fixe, indépendant des aléas des commandes d'œuvres artistiques. 


En 1962, Charles Jacob prend sa retraite de professeur, et retourne vivre dans sa maison de Neuilly-Plaisance, où il finira ses jours auprès de son épouse. Il continue de sculpter des œuvres de petite taille en bois et en ivoire, notamment pour ses amis et ses proches. Charles Jacob décède le 13 novembre 1972 à Neuilly-Plaisance. Il repose au cimetière ancien de Neuilly-sur-Seine, rejoint en novembre 1980 par son épouse Madeleine, qui l'a discrètement soutenu tout au long de sa vie d'artiste. Ils ont vécu très humblement, entourés de leurs huit enfants et, plus tard, de leurs vingt-cinq petits-enfants. 


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Plus de deux cents œuvres de Charles Jacob ont été répertoriées à ce jour : certaines ont disparu, ont été déplacées ou volées. Elles sont réparties dans des églises, des monastères, ainsi que chez des particuliers, en France, mais aussi à l'étranger. 

A ce jour, onze de ces œuvres (huit statues, deux bas-reliefs et un chemin de Croix) sont inscrites depuis 2015 à l'inventaire des Monuments Historiques.

Un poète catholique de son temps, André Marcou, a chanté son admiration pour Charles et Madeleine Jacob dans "Intimités Cosmiques" sous le titre "Dionysies", paru en 1939 dans Les Cahiers de Poètes Catholiques.   


Le présent site s'efforce de présenter le recensement le plus exhaustif possible des œuvres de Charles Jacob, afin de perpétrer le souvenir de l'œuvre de cet artiste. Beaucoup des photographies en noir et blanc présentées ici ont prises par lui dans son atelier, et son souvent les seules traces de ses œuvres.